Mitry-Mory
24 heures
Quand l’art redonne confiance aux éremistes
Grâce au théâtre et aux arts plastiques, dix érémistes du nord de la Seine-et-Marne ont retrouvé le sourire et repris confiance. Ils viennent d’exposer à Unité d’action sociale (UAS) de Miry-Mory leurs premières créations, les valises personnalisées à l’aide de photos, de collages, de dessins ou de texte de leur composition.
L’aventure a commencé en septembre dernier sur une idée de l’UAS. Les travailleurs sociaux avaient déjà mené des actions du même genre en direction des résidents de foyers Sonacotra avec la compagnie parisienne Étincelle-Théâtre. Cette fois, ils ont voulu rompre l’isolement de persones sans emploi fréquentant le centre social.
« C’est un lieu de parôle et d’échange »
Nous avons choisi ceux qui étaient le plus loin de l’emploi, ayant besoin le renouer des liens, d’être valorisés pour aller de nouveau de l’avant », explique Christine Dürr, assistante sociale. Une dizaine d’érémistes a accepté de tenter l’expérience. Leur stage de théâtre a débuté en octobre dernier.
« C’est un lieu de parole et d’échange, où les participants peuvent se ressourcer et ne sont plus en situation de demandeurs », souligne Karim Haoufaid, d’Étincelle-Théâtre. Pendant trois mois, les apprentis acteurs ont monté une pièce dans laquelle ils jouaient des saynètes sur des thèmes bien connus : l’emploi, le surendettement, le partage, etc. Ils ont joué leur pièce en décembre devant la famille et des amis. Après chaque scène, un débat était lancé avec le public. « C’est loin d’être évident de monter sur scène, salue Karim Haoufaid. De se dire qu’on est encore capable de faire des choses incroyables, et surtout de prendre des risques. Comme dans la vie... La dimension artistique leur a permis de prendre de la distance avec les thèmes abordés. »
Devant le succès de cette preririère expérience, toute l’équipe a choisi de poursuivre l’aventure. Ils se sont lancés, cette fois, dans les arts plastiques avec la réalisation de drôles de valises. Même les assistantes sociales ont endossé le tablier d’artiste. L’exposition a déjà tourné dans Dammartin-en-Goële avant d’arriver à Mitry-Mory. « Ces stages ne sont pas un gadget, assure Gil Malnuit, assistant social. Avec le théâtre-forum, ils ont pu faire comprendre aux proches leur situation sans tomber dans le misérabilisme. Un vrai dialogue s’est instauré. Désormais, ils peuvent aller de l’avant. »
« Je me suis senti pousser des ailes »
41 ans, habitante de Dammartin-en-Goële
Isabelle, 41 ans, habitante de Dammartin-en Goële
Isabelle a arrêté de travailler, il y a cinq ans, après des soucis de santé. « Je me suis enfermée sur moi-même, ne sortant plus de chez moi », confie cette mère de famille de 41 ans. En septembre dernier, l’unité d’action sociale de Mitry-Mory lui envoie une invitation pour une représentation théâtrale, espérant ainsi l’inciter à participer au stagé d’Etincelle Théâtre. C’est un succès !
« Tout de suite, je me suis senti à l’aise et pousser des ailes. J’étais très étonnée de ma réaction. Je crois que ce stage m’a fait découvrir un goût pour l’artistique et la communication que j’avais enfouie en moi. Ce qui m’est arrivé est magnifique. »
Cette expérience lui a redonné confiance. Et aux côtés des autres stagiaires, Isabelle s’est épanouie, et a appris à se battre pour convaincre les institutions de leur prêter une salle. « Au début, on nous regardait d’un mauvais œil, se souvient-elle. C’était très dur. Puis, nous avons fait nos preuves et les regards ont changé. C’est très valorisant de ne plus être vus comme de simples érémistes, mais d’être reconnus pour notre travail artistique. »
Après le théâtre, Isabelle a participé à l’atelier de créations de valises. La sienne porte les symboles de l’espoir ? « Quand certains visiteurs lisent mon texte, ils pleurent. Mais moi, j’ai plutôt voulu transmettre un message d’espoir. Pour dire que même si c’est dur, on peut s’en sortir… »
Stéphanie Auguy
